Revenir à Souvenirs d’antan

Le Bon Viveur

Au Restaurant «LE BON VIVEUR»

Après une courte interruption, je reprends donc, avec grand plaisir, ma chronique visant à vous faire mieux connaître un certain nombre d’acteurs économiques de notre commune. Cette fois-ci j’ai choisi de vous parler du plus familial des restaurants de Chailly en Bière.

Certes, notre Commune est bien pourvue en restaurants, dont certains de renom, mais combien d’entre vous connaissent-ils «LE BON VIVEUR» ?

Cet établissement typique situé Rue Chamaillard et qui faisait Auberge jusqu’en 1962, aurait vu le jour au début du siècle grâce aux Demoiselles Fouchet.

En 1925, Mme Cordeau, mère de l’actuelle propriétaire Mme Janine Labille, a acquis ce qui était alors une auberge-restaurant avec une épicerie. Mme Janine Labille, qui est née dans cette auberge, et qui a repris la succession de sa mère en 1955, est mariée à Georges, lequel, outre qu’il est le champion de la confiture de rhubarbe, a toujours travaillé en dehors du restaurant et notamment à Fay chez Elf, exploitant du pétrole local. Comme vous le constaterez, il s’agit d’un établissement tenu, depuis son origine, quasi exclusivement par des Femmes.

Mme Labille sert tous les midis, à des clients variés et fidèles, une cuisine familiale, traditionnelle et généreuse, à un prix très compétitif. Depuis sa création, ce petit établissement discret a vu un nombre non négligeable de personnalités du monde artistique, politique et de la presse s’attabler ou prendre pension.

Au bon viveur

Après la guerre, de nombreux sportifs qui venaient s’entraîner dans la forêt de Fontainebleau, prenaient pension au «”Bon Viveur». Il s’agit notamment d’Alain Mimoun, le Champion olympique bien connu, du cycliste Coutenay et des Frères Herzog et de Mr Caudornier, lesquels venaient s’entraîner dans les rochers de Fontainebleau avant d’affronter pour Maurice Herzog, l’Annapurna et de devenir par la suite Ministre du Général De Gaulle.

Après la Libération, les moyens de transports n’étaient pas aussi développés que de nos jours, cependant Chailly en Bière et Barbizon jouissaient déjà d’une grande notoriété grâce aux célèbres peintres paysagistes tels que Jean-François Millet ou Théodore Rousseau et de nombreuses personnalités des arts, de la politique, de la presse et des lettres passaient leur week-end dans nos deux villages.

C’est ainsi que lors de la réalisation du film «Le Bienfaiteur» (1942 réalisateur Henri Decoin), tourné pour partie dans l’église de Chailly, Raimu et Fernandel, lequel logeait au Pléiades à Barbizon, ont goutté la cuisine de Mme Cordeau. Fernandel, d’ailleurs, était un habitué de Chailly en Bière et de Barbizon puisque pendant la guerre 39/45 il vint à Chailly à l’Auberge du Cheval Blanc pour faire un gala au profit des prisonniers de guerre. De même Tino Rossi, fut client du «Bon Viveur» tout comme avant lui Victor Boucher qui lui, il faut le dire, a habité à Chailly.

Si un «Livre d’or» avait été tenu par Janine Labille, on y retrouverait les signatures de Mrs Blanchonet et Francis Ranc, respectivement propriétaire/directeur du journal «La Montagne» et de «Ici Paris» pour Mr Blanchonet et directeur de «Jours de France» pour Francis Ranc.

Avant guerre, Mr Maurice Penaud célèbre mécanicien de la «Croisière jaune» organisée par Citroën, fut client et au tout début des années 1960, la cour du «Bon Viveur» servait de garage discret aux premières DS 19 de Citroën, alors que l’équipe d’essayeurs se restaurait chez Mme Labille.

Enfin, entre les deux guerres, le célèbre aviateur Américain Farman, honora de sa présence la table du «Bon Viveur», tout comme un certain Dieudoné, ancien forçat.

Plus récemment, au début des années 80, un «exclu» de renom du P.C.F. fut un client régulier du «Bon Viveur».

Aujourd’hui le «Bon Viveur» reste le rendez-vous de certains Artistes et de bons nombres de Chaillotins.

Vous aimez la bonne cuisine traditionnelle française, alors n’hésitez pas à aller déjeuner un jour au «Bon Viveur» où Janine et Georges Labille partageront avec vous, j’en suis sûr, d’autres souvenirs. Pour ma part, je vous dis à bientôt avec un autre Chaillotin !

J.F. Crochard
B.M . n° 36