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Forêt chaillotine

Arpentée à plusieurs reprises, la forêt de Bière couvre 17 300 hectares. Avec les premiers balbutiements de l’agriculture, les moines Saints Pères de Melun défrichent en partie la plaine pour la cultiver. Dans cette même période, au XIIème siècle, le roi Louis XI le Gros fait construire un mur d’enceinte de la forêt contre le gibier. Nous possédons du côté de FAY les vestiges de ces murs qui remontent à 1120.

En 1664, un autre roi, Louis XIV, fit borner la forêt aux endroits où les murs étaient détruits ou n’existaient pas. Ces bornes furent placées à la charge des propriétaires riverains. Elles devaient mesurer quatre pieds de haut sur neuf pouces au carré. Après parution de l’ordonnance, les Chaillotins eurent huit jours pour installer lesdites bornes, les retardataires étant menacés de la saisie de leurs biens. Nous possédons de nombreuses bornes en limite de commune.

Le premier administrateur forestier fut Philippe Auguste. Il désigna des officiers pour gérer ses biens. La famille de Chailly y sera associée, ainsi nous pourrons suivre les dynasties des Chailly liées aux Villiers et aux de la Boissière qui organiseront la forêt jusqu’au XVIe siècle.

Je trouve en 1412 comme « forestier de Bière » Jean Guillebaud de Chailly, en octobre 1415 Denis son fils, après 1482 Jean de Villiers puis François de la Boissière. En 1499, son fils, Jean de la Boissière épouse Marie de Chailly. En 1513 Jean II de Villiers – écuyer – seigneur de Chailly, s’adjoint en plus de la charge forestière celle de « Grand Louvetier de France ».

Son fils Claude de Villiers prend la succession en 1529. Il est condamné en 1538 pour des faits criminels à 160 livres d’amende, ses terres de Chailly confisquées, sa charge donnée à Alof de l’Hôpital. Il doit, en outre, détruire un four à chaux construit à Chailly d’où l’origine du nom de la rue. François de Villiers récupère la charge de son père en 1563. Henri Clausse – seigneur de Fleury – lui succèdera. Le rôle du « forestier de Bière » était de servir les intérêts royaux. Gardien des usages, il indiquait aux usagers le lieu où ils pouvaient exercer leurs droits, dressait les comptes annuels, organisait les ventes de bois. Il exerçait également un rôle judiciaire pour les délits forestiers. Les gages attribués au forestier s’élevaient à 4 sous par jour en 1412, Guillebaud de Chailly et Denis recevront en plus 100 sous par an pour indemnité d’habillement.

L’importance pour les chaillotins que leurs seigneurs soient officier forestier repose sur les droits d’usage qu’ils possédaient en forêt. Ils furent difficile à prouver, remis en cause à chaque nouvelle souveraineté.

Ces droits étaient ainsi établis :

– Droit de pâturage pour les bœufs et les vaches au lieu dit Mortemer (la Mare aux Evées) et dans les vallées environnantes, accordé en 1261 sous Louis IX (Saint Louis).
– Droit au bois sec, à la feuille et aux cueillettes, accordé en janvier 14348 par Philippe VI de Valois.
– Droit de Paisson « hors Glandée et en la Glandée », il s’agit de période accordée en 1583 mais limitée à trois parcs par ménage.

En 1664, l’inventaire forestier de Barillon d’Amécourt recense 146 maisons usagères pour le bois de chauffage à Chailly, Barbizon et Faÿ, les artisans en sont exclus.

Il semble, d’après les historiens locaux, que ce droit de chauffage ait toujours existé comme pour tous les villages inclus dans la forêt.

La position politique de nos nobles seigneurs très proches du pouvoir souverain fait que jamais pour Chailly, aucun acte écrit de droit de chauffage ne fut établi.

Napoléon met en place en 1806 le Code Civil ; par son application il fera disparaître progressivement ces droits.

Une page d’histoire forestière chaillotine est tournée.

J.P. LEFLOCH
BM n° 30 – Printemps 1992.