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Hommage à Monsieur Moreau (*)

Août 1914 : dans la chaleur du soir, le soleil caresse la paille des chaumes, de loin en loin, les meules, énormes et ventrues, attendent l’automne et le moment des battages. La caille, discrète, fait entendre son chant flûté, les perdreaux rappellent. Le 4 août 1914 à 18 heures éclate la Grande Guerre et, du jour au lendemain, Chailly-en-Bière se mobilise comme toutes les communes de France.

Chailly c’est 750 habitants, pour la plupart paysans. Une quarantaine d’exploitations agricoles de la « Bricole » à la grosse ferme. Trois exploitations font plus de 100 hectares. Elles cultivent 800 hectares : blé 300, seigle 100, avoine 250, pomme de terre 23, betterave 108. Une centaine de chevaux de trait fournissent l’énergie nécessaire ; on compte 109 vaches et bœufs. 1300 moutons répartis en 5 troupeaux iront bientôt aux champs brouter l’herbe dans les chaumes sous l’œil attentif des chiens et du berger. Chaque famille a son cochon. Trois épiceries chargées, entre autres, de distribuer 510 kilos mensuels de sucre ; le boulanger échangera son pain contre des tickets. Les cultivatrices et les femmes restées au foyer jouent un rôle déterminant dans le fonctionnement des villages.

«Lors de ses inspections, Mr l’Inspecteur Régional a pu constater qu’en plusieurs localités, surtout dans la campagne, des boulangeries, tenues exclusivement par des femmes, se tiraient d’affaire, grâce à l’emploi des pétrins mécaniques, tandis que de grosses boulangeries manquaient de ces engins et devaient employer des ouvriers civils et militaires pour le pétrissage du pain ». (extrait d’une note de M. le Préfet aux Maires de Seine-et-Marne).

Les enfants des écoles sont chargés de la collecte des chiffons de coton, du ramassage des marrons d’inde et des châtaignes sauvages pour la fabrication d’alcool et d’acétone. Cinquante mille jeunes de la Seine de 12 à 18 ans sont mis à la disposition des départements de Seine-et-Marne et de Seine-et-Oise.

Une foule de métiers se retrouvent dépourvus de personnel qualifié : boulangers, charrons, maréchaux-ferrants, forgerons, bourreliers, mécaniciens se font rare. Il faut à la hâte que les Vieux reprennent leurs activités et forment des apprentis.

Le Service du Ravitaillement, et notamment le service de réception de Melun, a des besoins énormes à satisfaire auprès des forces armées : avoine, paille, foin pour les chevaux. Les roulantes de la Troupe doivent être approvisionnés et manifestent leurs besoins auprès des Maires via les Intendants.

Le village est en prise directe avec l’effort de guerre. Le Ministère de la Guerre et des états-majors traitent avec les Préfets qui transmettent aux Maires.

Le Maire Rémy MOREAU est sollicité de toutes parts : ravitaillement de la commune, fournitures aux Armées, cantonnement de la Troupe de passage, obtention de sursis notamment au moment des battages et des semis, approvisionnement en charbon des batteuses, répartition des engrais, réquisition des chevaux, hébergement des réfugiés et des saisonniers. Il au aussi le triste privilège d’annoncer aux familles la mort d’êtres chers tombés au front.

On s’étonne parfois de voir si peu de participation aux Cérémonies du 11 novembre…

(*) Monsieur Rémy MOREAU, né en 1842, fut Maire de Chailly-en-Bière de 1890 au 30 avril 1918.

B.M. n° 53 – Janvier 2001