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Jean François Millet

Lettre de Jean François MILLET

Jean-François Millet, figure emblématique de l’Ecole de Barbizon est surtout connu au travers de quelques œuvres maîtresses, comme « l’Angélus » ou « les Glaneuses », malgré tout d’autres tableaux admirables sont exposés dans les plus grands musées du Monde, ou dans les collections particulières.

Dès le début du siècle dernier, le hameau de Barbizon qui dépendait, à l’époque, du village de Chailly en Bière, attirait déjà quelques peintres paysagistes épris, avant l’heure, de cette nature que les traditions d’alors enseignaient si peu à regarder. Michalln, Berlin, Aligny, Brascassat et même Corot, devinrent des habitués notamment de l’Auberge du Cheval Blanc qui conserve d’émouvantes fresques murales que l’on peut encore y voir. Un artiste qui allait devenir un des pères de l’Impressionnisme, comme Edouard Manet, réalisa à Chailly le « Déjeuner sur l’herbe » (1862) qui, par son naturalisme et son audace picturale, allait le révéler comme un des meilleurs peintres de sa génération.

Barbizon devint commune à part entière à partir de 1903, mais son destin reste intimement lié à celui de Chailly en Bière pour de multiples raisons. Les enfants de Jean-François Millet furent baptisés dans notre Eglise Saint-Paul, les sites où il peignit, en particulier la Plaine de l’Angélus, le Moulin de Chailly ou la Plaine aux corbeaux font partie de notre patrimoine et notre cimetière communal accueille sa dernière demeure comme celle de Théodore Rousseau, son meilleur ami.

Roger Karampournis, Président de l’Association Jean-François Millet, dont on connaît la passion pour l’Ecole de Barbizon et ses célèbres peintres, avec une probité qui l’honore, n’a jamais dissocié le destin des deux villages briards. Après plusieurs ouvrages consacrés à son enthousiasme, il est aujourd’hui l’auteur d’une vidéocassette de 26 minutes, hommage à Jean-François Millet « Itinéraire d’un peintre de la vie rurale », réalisée par Eric Delacour et distribué par Challenge Production, qui est le survol de la vie du peintre depuis sa naissance de 1814 à Gréville-Hague dans la Manche, jusqu’à sa mort, à Barbizon, en 1875. Cette remarquable réalisation a été rendue possible grâce à l’appui des Conseils Généraux de la Manche et de la Seine et Marne, comme celui de nombreux partenaires. Cette cassette, déjà traduite en anglais et en japonais, est offerte aux visiteurs de l’Exposition Millet / Van Gogh qui se tient au Musée d’Orsay jusqu’à la fin du mois de Décembre 1998.

B.M. n° 47 – Octobre 1998

 

LETTRE DE JEAN-FRANCOIS MILLET adressée à son ami Alfred Sensier(1) en 1850.

Si vous voyez comme la forêt est belle ! J’y cours quelquefois à la fin du jour et après ma journée, et j’en reviens à chaque fois écrasé.

C’est d’un calme, d’une grandeur épouvantables, au point que je me surprends ayant véritablement peur. Je ne sais pas ce que ces gueux d’arbres-là se disent entre eux, mais ils se disent quelque chose que nous n’entendons pas, parce que nous ne parlons pas la même langue, voilà tout. Je crois seulement qu’à l’inverse de Messieurs les journalistes de Café Tortoni, ils font très peu de calembours.

La forêt, la nuit, avec ses effondrements de rochers aux proportions démesurées, me fait penser à l’origine du monde, quand le chaos en mouvement broyait des générations d’êtres humains ou que l’esprit de Dieu planait sur les eaux.

J’irai tout à l’heure demander à Rousseau s’il veut y faire un tour avec moi. La forêt, le silence, la solitude, Rousseau les aime encore mieux que moi. Il y est comme le marin sur la mer.

Au plateau de Belle-Croix, pendant des heures, immobile sur un rocher comme un capitaine sur sa dunette, il a l’air de faire son quart. Il ne peint pas, il contemple, il laisse ses chers arbres lui entrer lentement et profondément dans l’âme.

C’est un homme fort que Rousseau.

J.F. MILLET, lettre à Sensier, 1850

(1) Alfred SENSIER (1815-1877) était un ami de J.F. MILLET. C’est par ce fonctionnaire parisien, devenu critique d’art et admirateur des peintres de Barbizon, que l’on connaît leur histoire.

Rappelons que Jean-François MILLET et Théodore Rousseau reposent tous deux dans le Cimetière de Chailly.

R. RONK
B.M. n° 31 – juin 1992

 

LA STATUE DE MILLET DE RETOUR AU PAYS

Quoi de plus naturel pour le village de Gréville-Hague dans la Manche que d’honorer l’enfant du pays, l’illustre Jean-François Millet, immortel auteur de l’Angélus – tableau mythique peint dans la plaine de Chailly en Bière. Ce 25 septembre 1898, vingt trois années après sa mort, le village tout entier se pressait pour admirer la monumentale statue oeuvre d’un sculpteur cherbourgeois Marcel Jacques qui devait, à l’ombre de l’Eglise de Gréville, rappeler le souvenir du grand peintre. Jusqu’à ce jour du 11 avril 1942 en pleine occupation allemande, où la statue de bronze fut enlevée pour prendre le chemin des fonderies de la Ruhr et alimenter l’effort de guerre de l’occupant. Mais c’était sans compter avec l’héroïsme de quelques Haguais qui récupèrent le buste de la statue, le cachent durant la durée du conflit, pour finalement en 1947 l’exposer à nouveau, sur un socle de granit.

Cinquante ans après, en avril 1997, le Conseil Municipal de Gréville s’est employé à réparer le dommage subi, incomparable affront fait à la mémoire du grand peintre. Une très importante somme a été rassemblée provenant des collectivités locales, comme de l’association « Mémoire de J.F. Millet » et, le 25 septembre 1998, la seconde inauguration de la statue de J.F. Millet, copie identique de la première, réalisée par le grand créateur Louis Derbré, auteur du célèbre mémorial pour la Paix d’Hiroshima, rassemblait une très nombreuse foule qui, après les habituels discours d’usage, se retrouvait autour du verre de l’amitié.

Les liens amicaux qui unissent depuis de nombreuses années les villages de Chailly en Bière, Barbizon et Gréville-Hague, ne pouvaient laisser indifférents nos élus qui avaient répondu, en étant présents, à l’invitation du «Maire de Gréville, M. Bonnissent. Le grand retour de J.F. Millet vers son village natal était enfin achevé.