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Quand la vigne couvrait…

VIGNE

VIGNE

…les terres chaillotines.

La meilleure boisson, c’est l’eau, indispensable à la vie. Votre docteur vous dira tout de même qu’un petit verre de vin à chaque repas redonne vitalité et tonus. Le vin, liquide béni des Dieux, issu de la vigne reste très présent dans nos contrées jusque dans les années 1950. Je vais essayer de vous raconter ici son historie, car le sujet est important.

Selon l’historien romain du II ème  siècle, l’origine de la vigne remonte à la civilisation égyptienne. Importée en Gaule par les colons phocéens qui fondèrent à Marseille, au VI ème avant J.C., elle progresse dans tous le pays. L’historien Pline l’Ancien rapporte que la vigne abondait déjà lors de la conquête de la Gaule par Jules César en 54/52 avant J.C.. C’est à cette époque que l’on peut situer l’apparition de la vigne à Chailly. Celle-ci est cultivée et son produit est vendu depuis plus de 2 000 ans dans la région. Mais ce n’est que sous Charlemagne que l’on a la preuve écrite de sa présence : l’acte de création de l’église (en 808) parle de l’existence de ces vignes, selon l’Abbé Denis, dans son histoire sur l’agriculture. Néanmoins, elles ne dépassèrent pas en surface Le besoin en consommation des familles qui la cultivaient. A cette date, le « manse » (1) disposait d’une surface cultivable d’environ 4 hectares répartis en 6 ou 7 cultures, dont la vigne. Plus tard, le manse seigneurial indique également la présence de vigne à Chailly.

La confrérie Saint Vincent à Saint Fargeau Ponthierry dont Mme Dumont est la présidente assistée de M. Robert, archiviste, nous fournissent des renseignements très intéressants.

La vigne s’étendait sur les coteaux de la Seine bien exposés, dans les terrains propices, argileux et calcaires, de Vosves à Saint Fargeau Ponthierry en remontant le cours de l’Ecole et  en allant jusqu’à Videlles où les habitants vivaient de la vente du vin comme d’autres à Dammarie-Lès-Lys. Avant la Révolution, elle faisait vivre plus de 200 vignerons et autres marchands de vin.

En 1785, lors d’une recensement de terres à Chailly, pour un dégrèvement éventuel de la taille, la surface donnée en vigne est de 2 arpents 75 soit environ 1 hectare 50.

De plus, la plupart des fermes et des maisons possédaient leur carré de vigne, non recensé, pour leur consommation personnelle : 20 ares ( soit 2000 m²) donnaient 600 litres de vin, soit une consommation d’environ 2 litres par jour. La vigne proliférait donc partout à Chailly dans les nombreux lopins de terre bien exposés au soleil levant et couchant.

Les vignes recensées à Chailly se situaient entre la rue Théodore Rousseau, la rue des Près, la rue de la Fromagerie et la rue François Desportes : les terres du château de Chailly.

Après un déclin notoire, presque une disparition, la vigne se réinstalle sur les anciens sites où elle était plantée, mais dans des proportions moindres, et cultivée au seul titre de consommation qualitative et personnelle.

Les débits de boissons, déjà nombreux à Chailly, achetaient leur vin dans la région (à Ponthierry et à Dammarie). Il était issu de cépages souvent hybrides (Noa, Gamay, Bacco, Othelo, Villar…), d’une qualité médiocre, voire malsain pour la santé… Sa teneur en degrés très élevée provoquait des dysfonctionnements cérébraux rapides. Ainsi, le 7 octobre 1913, à 23 h 25, un individu couché sur la voie publique, se fit écraser par le train entrant au village à 16 km/h. Deux autres individus, ivres, titubaient sur la route selon le rapport du garde-champêtre de l’époque.

La transformation des terres du château en lotissement, la disparition des fermes, les maladies de la vigne firent que la vigne disparut complètement de notre village vers 1950.

Mais je ne peux terminer que par des notes joyeuses : la vigne et le vin ont toujours donné joie et bonne humeur et ont toujours été source d’inspiration littéraire et musicale, d’Homère à Baudelaire.

«C’est ainsi qu’à travers l’humanité frivole, le vin roule de l’or, éblouissant pactole pour le gosier de l’homme, il chante ses exploits et règne par ses dons, ainsi que de vrais rois » (le vin des chiffonniers, Baudelaire).

Et si nous chantions une petite chanson à boire :

«chevaliers de la table ronde»

«c’est à boire, à boire, à boire»

«chantons la vigne»
«la Madelon»

«Fanchon»…

Adieu vigne et raisin chaillotins

Du vin reste pour nous sourire
Je reviendra pour vous écrire

A votre bonne santé Messieurs’Dames

Chaillotin historien

B .M. n° 56 – février 2002

(1)   La (ou le) manse est l’habitation rurale avec ses dépendances de terres cultivables qui constitue une unité familiale d’exploitation agricole dans la France du VII au IX ème siècle