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Les bornes de “la voie de la liberté”

Les bornes de la Liberté jalonnent, depuis Sainte-Mère-Eglise (borne »0) et Utah-Beach (borne « 00 ») jusqu’à Bastogne en Belgique, l’itinéraire de l’armée U.S. dans ce long cheminement de la libération.

En cette année 2004 la Normandie fête le 60ème anniversaire du Débarquement de nos Alliés sur ses plages mais, si le débarquement eut lieu le 6 juin 1944, la France n’était pas pour autant libérée.

Après la guerre qui se déroule d’abord sur les plages, puis sur le sol de la Normandie toute entière, jusqu’à la percée victorieuse des Alliés et à la débâcle des forces allemandes, la libération sonne alors pour la France, tandis que les armées alliées convergent de l’Ouest et de l’Est vers l’Allemagne.

Les bornes de la Forêt de Fontainebleau, par exemple, rappellent l’itinéraire prestigieux suivi par la 3ème armée américaine du général Patton.

« Comme chaque année, les cantonniers dégagent à grand coups de faux ces bornes le plus souvent oubliées qui jalonnent les routes de campagne. Dans le pire des cas on souligne à la peinture les lettres effacées par le temps. «Voie de la Liberté». De monument aux Morts, en monuments aux Morts, ces bornes symboliques marquent la progression des forces alliées libérant, pas à pas, les campagnes seine-et-marnaises.

Tout commence chez nos voisins du Loiret. Les Américains de la Quatrième Division de blindée, que l’on découvrira comme les fameux G.I.’s, lancent l’attaque en contournant Montargis par le nord. L’entrée en Seine-et-Marne se fait par Souppes-sur-Loing. Dans le même temps Sens est libéré malgré des poches de résistance allemande. En deux jours les armées américaines seront dans Fontainebleau. La bataille fera rage pour le franchissement de la Seine à hauteur de Valvins, dont le pont a été détruit. Mais les chars Sherman finiront par faire leur entrée en ville ce 23 août aux alentours de 13 heures. Dans le même temps, sous le commandement du général Irwin, les Américains de la Cinquième Division franchiront à leur tour le Loing, soit à gué, soit en construisant des ponts de fortune avec du matériel de récupération. L’entrée dans Nemours se fait sans problème majeur pour les Américains, les F.F.I. ayant auparavant nettoyé la place. Le 24 août une nouvelle tête de pont est établie à Montereau, repoussant les forces de la 48e Division allemande.

Tout n’est pas fait et le général Patton, à la tête de la Troisième Armée, va poursuivre le travail alors que les plans de bataille prévoyaient une poursuite de l’avancée vers l’est. Pour conforter les positions des alliés, la Septième Division commandée par Sylvester marche sur Melun et franchit le dernier pont intact. Pour symboliser la victoire Patton annoncera au commandement en chef, avoir «pissé dans la Seine». L’image est parlante mais sans doute fausse car la résistance allemande va se poursuivre pendant deux jours. Il faudra des tirs d’artillerie nourris et une prise en revers de la ville pour mettre fin à la résistance allemande. Le 25 août Melun sera enfin définitivement libérée. L’armée américaine peut reprendre sa course effrénée vers le Rhin.

L’euphorie de la victoire gomme les mauvais souvenirs. Cette libération fut en réalité terrible. Les soldats n’ont pas eu de répit depuis le débarquement en Normandie. «Épuisés, les yeux vides, morts de fatigue et couverts de poussière.» Ainsi sont-ils décrits par les comptes-rendus militaires de l’époque. «Les rations étaient mangées froides.» Pourtant les Seine-et-Marnais ne verront que des libérateurs triomphants. Les civils français n’ont pas été épargnés, que ce soit par les bombardements, comme à Melun ou Bourron-Marlotte, ou les rafles et prises d’otages, comme à Souppes-sur-Loing. »

Tout a un prix, surtout la liberté !

C’est le Colonel Guy de la Vasselais, chef de la Mission militaire française auprès de la 3ème armée qui est à l’origine de la création de la Voie de la Liberté. De retour d’un voyage aux Etats-Unis avec le maire de Metz, ils projettent tous deux de commémorer la marche triomphale des blindés de Patton en France. Des bornes marqueront de km en km le trajet de Patton de Sainte-Mère-Eglise à Metz. Sur ces bornes, on retrouve une torche jaillissant de l’océan, symbole emprunté à la statue de la Liberté. En mars 1946, à l’initiative de l’Association Belgo-Américaine, des pourparlers s’engagent avec les promoteurs français de la Voie de la Liberté pour la prolonger jusqu’à Bastogne. Le 25 août 1946, à Saint-Symphorien, le parcours de la Voie de la Liberté est consacré. Le 5 juillet 1947, on officialise la pose de la borne terminale à Bastogne. Le 16 septembre de la même année, c’est au tour de la borne originelle à Sainte-Mère-Eglise. Quant à l’inauguration officielle de la Voie entière, elle a lieu le 18 septembre 1947 à Fontainebleau.

Françoise BERTIN
B.M. n° 63 – juin 2004