↑ Revenir à Fermes et maraîchage

Bricoles et Fermes Chaillotine

La surface agricole a, de tout temps, représenté environ les deux tiers de sa surface totale : 1 835 hectares en 1883, 1 308 hectares lorsque le hameau de Barbizon devint une commune. Elle a néanmoins gardé sa nature et les maraîchers se donnent bien du mal à vouloir la transformer : surtout du côté de Perthes où la terre est forte, argileuse.

Du côté de Faÿ et jusqu’à la forêt, elle est douce et sablonneuse, on y cultivait entre les deux guerres des asperges qui demandent un terrain léger et profond. Nombreuses les exploitations qui travaillaient cette terre et les maisons qui y pratiquaient l’élevage.

Imbriquée dans l’espace de ces moyennes surfaces, la terre de Chailly faisait vivre une population laborieuse dans ses « bricoles » comme on les nommait en ce temps-là. Petites exploitations familiales de 10 à 15 hectares, où tout le monde se dévouait pour remplir la marmite. Ces familles existent encore et tout l’honneur leur revient d’avoir su conserver notre patrimoine agricole.

Hameau de Faÿ

La culture n’était pas la seule activité du village, l’élevage principale « le mouton » servit en en 1863 de modèle à Jean-François MILLLET dans « la bergère gardant ses moutons » lui permit de prouver ses talents de peinture ainsi que plusieurs autres peintres animaliers tels que CERAMANO, GASSIES, JACQUE,…

Quatre vingt dix ans plus tard, la population s’élevait à 800 personnes et les troupeaux comptaient plus de 1 200 bêtes à laine. Les fermes ainsi que les bricoles possédaient ce bétail.

Toutefois, on notait également l’élevage de la vache laitière et les chevaux étaient à cette époque, le seul moyen de traction et de locomotion des Chaillotins.

Les bergers, ces hommes simples mais importants, tenaient entre leurs mains le capital de l’exploitation, Monsieur VIRATELLE chez DELAUNOY, Monsieur GAUBERVILLE chez PELLERIN (la ferme de la rose), Monsieur MAROY et Monsieur CAROUX chez CARON et, plus proche de nous, Monsieur FOURNIER chez GUILLET.

N’oublions pas les chiens, bergers briards aux longs poils gris, ces bas rouges bergers beaucerons à poil ras noir et fin et aux oreilles coupées, dévoués, souvent méchants : devenus corniauds par des accouplements fortuits, mais toujours des gardiens infatigables.

A la rentrée des troupeaux, une forte odeur flottait dans les rues jonchées d’excréments. En 1933, Monsieur Léon COTTEREAU (Maire et grand-père de l’actuel) dut poser un arrêté pour le nettoyage des rues et l’enlèvement des fumiers dans les cours.

L’élevage ovin durera jusque dans les années 40 où les troupeaux s’amenuisèrent à cause des nouvelles méthodes agraires, du fait de la mobilisation des bergers, puis des tracés routiers, et ensuite par le manque de personne qualifié, la faiblesse de la race face aux maladies (charbon et piétin).

La main d’œuvre non négligeable de ces années proches repose sur la jeunesse : « l’Enfant ». Sortis pour la plupart de nos « bricoles », ils s’employaient dans de nombreuses actions culturales : ramassage des pommes de terre, récoltes des asperges, regroupement des gerbes, glanage, porter le bois, tirer l’eau du puits, garder vaches et moutons. Ces travaux commençaient par les petits ouvrages dès 7 ans et les tâches plus dures ou difficiles vers 12 ans. La bergère de MILLET avait 14 ans.

Chers enfants de Chailly, les grands-pères et les grands-mères peuvent vous raconter ces histoires. Ils vous conteront également ces bêtises de jeunesse, chapardage de fruits ou les Bagarres avec les Barbizonnais. Je crois surtout qu’ils vous expliqueront comment, dans cette période de Noël, ils reconstitueront dans l’église la grotte de Bethléem, bergerie où dans une crèche, mangeoire à moutons, l’enfant Jésus est né.

Soyez heureux en cette fête de l’enfance et de la nativité.

J.P.L.

B.M. n° 29 – Noël 1991